Directeur associé de Lune Rousse, la société qui pilote notamment Ground Control, Denis Legat fait partie de ces entrepreneurs qui font évoluer la ville. Pour ADRESSE, on le retrouve au cœur de l’été parisien alors qu’il doit enchaîner les rendez-vous dans son lieu phare devenu une institution. Il se livre dans notre rubrique « un trajet avec » sur son rapport à la ville, ses soubresauts, son évolution, mais aussi aux vêtements !

Denis, sur quel trajet on se retrouve aujourd’hui ?

Mon trajet le plus régulier ! C’est celui qui me fait partir de chez moi pour venir à Ground Control. Je pars du 10e, de la rue de l’Echiquier, pour rejoindre la rue du Charolais, près de la Gare de Lyon. Comme je n’ai pas de voiture, j’utilise en général soit mon scooter soit mon vélo. Le premier plus en semaine pour le travail. Et le second un peu plus le week-end, quand je suis avec mon fils notamment, même si je l’enfourche aussi certains jours quand mes déplacements sont assez courts.

 

Est-ce ton trajet préféré ?

Ce n’est pas mon trajet préféré, c’est le plus usuel. Mon préféré, c’est celui que je fais à pied afin de me rendre jusqu’à mon bureau, rue Juliette Dodu. Je prends les passages depuis le faubourg Saint-Denis, je passe par les marchés, je suis le Canal Saint-Martin. C’est vraiment un parcours agréable car il est assez piéton, sans beaucoup de voitures, ce qui est assez rare à Paris. Ce que j’aime, c’est que ça me permet de penser à tout ce que je pourrais améliorer dans les projets sur lesquels on travaille ou de penser à ceux à venir. Ce qui est génial avec le coin du Canal Saint-Martin par exemple, et avec le 10e en général, c’est qu’il s’y passe toujours quelque chose. Il y a un resto ou un commerce qui ouvre tous les mois, voire toutes les semaines.

 

Y’a-t-il un trajet, à l’inverse, que tu détestes ?

Quand je dois aller à la Défense ou prendre le périphérique… Dès qu’il y a trop de voies de circulation en fait (rires) ! Après quand je quitte Paris, c’est pour aller dans ma campagne, dans le Nord de la France, à la frontière belge où j’occupe la ferme de mes grands-parents. C’est une zone rurale et très boisée, je m’y sens bien.

 

Tu es pourtant un urbain convaincu, qui a changé les habitudes parisiennes l’été, mais pas seulement, puisque Ground Countrol fonctionne aussi l’hiver…

Depuis que l’on a investi l’intérieur de la Halle de la rue du Charolais, on est présent été comme hiver. Il y a 4000 m2, c’est assez énorme comme lieu. On est ouvert tout le temps avec des expos, des conférences et de la fête ! L’été, c’est une version encore plus importante avec tous les projets culinaires, la cour.

 

Qu’est ce que cela change ?

Ce qui est satisfaisant, après avoir été dans le 18e et le 13e, c’est que l’on dure désormais dans le temps. Quand on arrive dans un lieu et que l’on a 3,4 ou 5 mois devant nous pour « jouer », c’est toujours stressant car on se demande si on va y arriver. On se dit : « Est-ce que l’on va réussir à séduire de nouveau ? » Là, on peut se planter, expérimenter de nouveaux usages, développer des projets, construire. Et faire émerger de nouveaux acteurs. Ce que j’aime à dire concernant Ground Control, c’est que tout le monde peut y trouver quelque chose qui l’intéresse. Ici les communautés, les populations, les générations s’entremêlent. On a cette volonté de faire que les gens se parlent, c’est pour nous un enjeu de société important. C’est un sacré challenge. Je ne dis pas que l’on y arrive toujours, mais on essaye. D’où l’idée de grandes tables, d’où les programmations variées et renouvelées. On peut avoir des conférences sur « tout plaquer pour monter son restaurant » un jour et tout autre chose le lendemain. On se dit que les gens qui viennent ici pour manger, danser, draguer, tendront peut-être l’oreille vers un débat, jetteront un œil sur une expo photos, etc. Ils auront peut-être envie d’aller plus loin. Et pour ça, on a aussi une radio, installée ici, qui permet de faire des podcasts ou encore des compils sur ces sujets. Et une plateforme web où on retrouve toute notre actualité. L’idée est de prolonger les rencontres !

En quoi ton petit trajet quotidien participe à ton grand trajet personnel ?

Modestement… à changer le monde ! (rires) Mais je ne suis pas seul à tenter de le faire à travers nos projets. Sur Ground Control, on est une cinquantaine de personnes à travailler à différents niveaux. On est des acteurs de la ville, on est citoyens et finalement on essaye de transformer la vision et l’usage de la ville. C’est ça qui me fait me lever le matin. Ça me/nous porte. On est sur une forme d’utopie concrète, qui s’arrête à la rentabilité du projet évidemment. Et le défi, c’est de parvenir à cet équilibre. Et c’est vraiment un terrain de jeu génial !

 

Si au lieu d’aller à Ground Control ou à tes bureaux, tu faisais l’école buissonnière, quel serait ton parcours ?

Moi j’adore le jardin du Palais Royal ! Ce n’est pas très loin de chez moi et quand je fais mon footing, je passe toujours par là, je file derrière la Bourse et j’y vais. Ensuite il y a les Tuileries, les quais et je remonte par Chatelet. C’est un trajet que j’adore et que je n’arrive pas à changer.

 

Au quotidien, quel vêtement fait la différence pour toi ?

Je suis très basique, pratique et efficace : jean/tee-shirt. Quand j’ai des rendez-vous je sors une chemise sobre. Aujourd’hui je devais vous voir mais aussi LVMH donc j’ai fait un petit effort (rires) ! Avant j’étais peut-être plus excentrique mais j’ai passé l’âge, je crois.

 

Et sur tes trajets, qu’écoutes-tu ?

J’écoute tout ce que je reçois parce que je fais les playlists de Ground Control. Et pas mal de podcasts de France Inter, ainsi que ceux de Ground Control. Mon trajet entre la maison et le travail est vraiment un moment clef. Ces 20/30 minutes me permettent de passer d’une séquence à l’autre. C’est un petit sas de décompression.

 

Tu as dit décompresser, avoir des idées pour tes projets quand tu te déplaces. Mais est-ce qu’un trajet a déjà changé ta vie ?

Un jour je me suis arrêté à un café près de chez moi, la petite Porte… Et j’y ai rencontré ma femme ! Véridique.